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Haute-Savoie mag - N°169 - Avril/Juin 2018
La vie des territoires
Environnement

Des alpages plus verts
avec SEM’ les Alpes

© E. Fourot

À La Chapelle-d’Abondance, le projet européen SEM’ les Alpes a permis de replanter avec des espèces locales, la partie basse de l’alpage de Trebentaz, abîmée par des éboulis.

L’alpage de Trebentaz, à La Chapelle-d’Abondance, vient d’être en partie ressemé dans le cadre du projet européen “SEM’ les Alpes”. À l’automne dernier, les talus du chemin d’accès, restauré à la suite d’éboulements et d’avalanches, ont été revégétalisés. Avec un enjeu important : préserver la biodiversité de ce site situé sur le mont de Grange, reconnu zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique, et classé Natura 2000. C’est pourquoi le choix des espèces à replanter s’est opéré à l’issue d’une expertise du panel des plantes présentes sur l’alpage. Celle-ci a été réalisée au printemps 2017 par des chercheurs de la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (HEPIA). Ses résultats ont permis de composer les mélanges de semences les plus adéquats pour replanter les talus. Le programme “SEM’ les Alpes” veut en effet favoriser l’utilisation de semences locales pour reconstituer les prairies d’altitude car les mélanges de graines existant sur le marché sont souvent inappropriés aux écosystèmes de montagne. Les espèces d’origine locale recouvrent plus durablement les terrains abîmés car elles s’ancrent mieux dans les sols grâce à leurs racines spécialement adaptées à la pente et aux conditions climatiques. Elles contribuent également à augmenter la diversité génétique et permettent ainsi de produire des fourrages et pâturages de bonne qualité, qui donnent leur typicité au lait et aux produits d’alpage. Semées à l’automne dernier, les graines devraient germer dès ce printemps et permettre la couverture végétale progressive des talus.

Préserver les alpages
Piloté en Haute-Savoie par la Société d’économie alpestre (SEA74), le programme “SEM’ les Alpes” a pour objectif principal de restaurer les prairies et pelouses d’altitude dégradées, situées en zone de montagne entre 1 500 et 2 000 m, principalement des alpages. En Haute-Savoie, plusieurs autres sites sont concernés : le col du mont Lachat à Saint-Gervais-les-Bains, le plateau des Glières et l’alpage de Blaitière à Chamonix-Mont-Blanc. Soumis à des évolutions permanentes (risques naturels, aménagements touristiques et agricoles, etc.), ces espaces sont reconnus comme des zones fragiles. Nombre d’entre eux sont d’ailleurs labellisés Espaces Naturels Sensibles par le Département, pour pouvoir faire l’objet de mesures de protection et de valorisation particulières. Par ailleurs, il faut les entretenir afin de pérenniser leur rôle écologique et économique. À Trebentaz par exemple, la réhabilitation du chemin d’accès à l’alpage participe au maintien de l’activité estivale, avec la présence d’une bergerie et d’un gîte.

Développement durable
Outre l’aspect environnemental, “SEM’ les Alpes” comporte un volet économique et social qui cadre avec la nécessité de développement durable du massif alpin. Pour répondre à une demande grandissante de semences locales, le projet prévoit par exemple, de développer des filières locales de production et de commercialisation d’espèces endémiques qui serviront à créer les mélanges de semences les plus adaptées aux terroirs de montagne. Il s’appuie également sur l’économie sociale et solidaire ; certaines missions ont ainsi été confiées à des entreprises d’insertion par l’emploi. C’est le cas pour la culture de ces espèces locales, assurée aux Houches par les salariés de l’entreprise Champ des Cimes. Ces derniers ont réalisé également les semis à l’alpage de Blaitière à Chamonix tandis que leurs confrères de l’entreprise AGIRE 74 les mettaient en œuvre au plateau des Glières.