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Haute-Savoie mag - N°173 - Janvier/février 2019
La vie des territoires
Social

“Entr’Elles”,
les femmes victimes de violences conjugales s’expriment

Un groupe de parole où les femmes victimes de violences conjugales peuvent parler librement.

Un groupe de parole où les femmes victimes de violences conjugales peuvent parler librement.

© Dep74 - L. Guette



À Rumilly, le dispositif “Entr’Elles”, porté par le Département et ses partenaires, permet à des femmes victimes de violences conjugales de se rencontrer, dans un cadre sécurisé et bienveillant.

« Moi, je dois dire à mon mari où je vais, et qui je vois quand je sors de la maison… » « Pour moi, ça a commencé comme ça. Je devais lui dire tout ce que je faisais, parce qu’on s’aimait, et que c’était une preuve de notre amour, de confiance entre nous. Et puis après, il a surveillé mon courrier, mes coups de fil… Il ne voulait pas que je sorte sans lui. Et si je le faisais, il me frappait. » Entre Nora(1), 37 ans, et Maryse(1), 58 ans, la parole se libère, les mots se bousculent parfois, pour décrire leur situation, actuelle pour l’une, passée pour l’autre. Nora et Maryse se sont rencontrées au groupe de parole “Entr’Elles”, à Rumilly. Ce dispositif, animé par des professionnels médico-sociaux de la Caisse d’allocations familiales (CAF) de Haute-Savoie, du Département et du Centre communal d’action sociale (CCAS) de Rumilly, permet à des femmes victimes de violences conjugales d’échanger entre elles. « Nous avons créé Entre’Elles pour que ces femmes soient des ressources les unes pour les autres », explique l’une de ces professionnelles. Ces dernières reçoivent dans l’urgence des femmes victimes de violences ou les accompagnent dans l’identification du processus de violence en cours. Grâce à ce moment d’échange et de soutien, elles peuvent trouver le déclic, mieux comprendre ce qu’elles traversent, et commencer à sortir de l’isolement en prenant conscience du schéma de violence et de l’emprise qu’elles subissent. « Pousser la porte est parfois difficile, certaines repartent sans oser rentrer. Nous les voyons revenir une semaine, un mois plus tard », confirme une collègue. Les femmes viennent seules, ou avec une amie, de manière plus ou moins régulière. Elles sont accueillies avec un café, un mot de bienvenue, quelques paroles banales... « Nous créons les conditions d’un échange bienveillant, sans jugement. Nous nous assurons que la discussion respectera la sensibilité et la dignité de chacune d’entre elles. Et nous les écoutons. Elles ont besoin de prendre leur temps, d’être rassurées. Beaucoup entrent pour 5 minutes seulement et finalement repartent au bout de 2 heures. »


Aider les femmes du bassin rumillien
Fonctionnant depuis mars 2018, “Entr’Elles” résulte d’une étroite collaboration entre partenaires publics et associatifs2 autour d’un même objectif : mieux informer et accompagner les femmes victimes de violences conjugales. « Sur le territoire de Rumilly, elles sont systématiquement informées et orientées vers l’association Espace femmes, qui se trouve à Annecy. Or, la distance et le jour qui leur est réservé ne leur permettent pas d’y accéder », explique l’une des intervenantes d’Entr’Elles. « La plupart n’ont pas les moyens financiers ou matériels de s’y rendre, ni même la possibilité, parce qu’elles doivent par exemple s’occuper des enfants. » Entr’elles propose ainsi une alternative, avec une permanence une fois par semaine. 11 femmes y ont été accueillies depuis l’ouverture.


Conforter l’efficacité du réseau professionnel
Autre but poursuivi par le collectif de partenaires : renforcer et animer le réseau des acteurs de terrain, en organisant régulièrement des tables rondes pour informer sur la problématique des violences conjugales et échanger sur les attitudes ou les questions à poser en cas de doute. Médecins, pharmaciens, infirmiers libéraux, ostéopathes, kinésithérapeutes, psychologues, avocats, ou encore enseignants sont ainsi susceptibles d’orienter les femmes victimes de violences. « On voit parfois des traces, on suppose la violence… Mais ces femmes n’en parlent pas », témoignait un kinésithérapeute au cours de la première rencontre organisée en novembre dernier.
Une avocate renchérit : « Parfois, des femmes qui me consultent dans le cadre d’un divorce finissent par se confier et me disent que leur mari les bat. Mais elles me demandent de ne surtout rien dire. Alors, dans ces cas-là, j’insiste pour qu’elles m’autorisent à l’ajouter à la procédure. » Ces rencontres avec les professionnels locaux seront amenées à se renouveler, pour parvenir à mieux soutenir ces femmes tout au long de leur parcours de vie.

(1) Les prénoms ont été modifiés.
(2) Département de la Haute-Savoie, Centre communal d’action sociale de Rumilly, CAF, Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) de Haute-Savoie, les associations Espace femmes, Passage et AVIJ74 (Aide Aux Victimes Intervention Judiciaire), unité médico-légale du Centre hospitalier Annecy-Genevois, Gendarmerie nationale, Préfecture de la Haute-Savoie (délégation départementale aux droits des femmes et à l’égalité).