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Haute-Savoie mag - N°173 - Janvier/février 2019
La vie des territoires
Social

L’épicerie solidaire de Reignier : un atout pour l’insertion

À l’épicerie sociale de Saint-Jeoire-en-Faucigny, on vient faire ses courses un mardi sur deux.

À l’épicerie sociale de Saint-Jeoire-en-Faucigny, on vient faire ses courses un mardi sur deux.

© Dep74 - L. Guette



L’aide alimentaire peut prendre bien des formes. Par exemple, celle d’une épicerie sociale et solidaire. C’est l’option qui a été retenue à Reignier, pour répondre aux besoins de la population en situation de précarité.

L’ouverture de l’épicerie sociale et solidaire “Arve Salève de cœur” à Reignier, en décembre dernier, est le fruit d’un long travail de co-construction avec les habitants du territoire suivis par les travailleurs sociaux du Département. Ayant identifié depuis 2015 une hausse du nombre d’habitants en situation de précarité dans ce secteur, couplée à une absence de dispositif d’aide alimentaire, ils ont eu l’idée d’organiser une série de réunions pour recueillir les attentes des personnes concernées. Celles-ci ont élu des délégués pour porter leur voix lors de ces rencontres, qui ont débouché sur l’idée d’ouvrir une épicerie sociale et solidaire. Co-financée par le Département et la Communauté de communes Arve et Salève, elle est gérée par les bénévoles du Secours Catholique.


Une épicerie sociale et solidaire, qu’est-ce que c’est ?
Les épiceries sociales et solidaires sont des dispositifs d’aide alimentaire et de lutte contre l’exclusion existant depuis une dizaine d’année ; la Haute-Savoie en compte 15 (voir encadré). Elles s’adressent à des personnes ayant besoin d’une aide ponctuelle pour mettre en œuvre un projet spécifique. L’épicerie leur permet de faire leurs courses à prix réduits. L’argent économisé au fil des semaines pourra ainsi être consacré à ce projet. Par exemple, quelqu’un qui rencontre des difficultés dans sa recherche d’emploi faute de posséder une voiture, pourra investir l’argent épargné dans l’achat d’un véhicule, ce qui lui permettra de retrouver plus facilement du travail. L’accès à l’épicerie s’obtient après constitution d’un dossier auprès de l’assistante sociale du Pôle médico-social de son secteur et avis d’une commission d’admission composée, dans le cas de l’épicerie de Reignier, de représentants du Département, de la Communauté de communes Arve et Salève et du Secours Catholique.
La participation financière des bénéficiaires est le principe de base de son fonctionnement, à la fois pour éviter l’assistanat et maintenir leur dignité.
Sur le plan alimentaire, l’approvisionnement se fait à la Banque Alimentaire, mais également auprès d’un maraîcher local. Une volonté forte des délégués qui souhaitent dynamiser le tissu économique local. Pour les produits d’hygiène, “Arve Salève de cœur” fait ses courses à Lidl.


Une aventure humaine…
Une épicerie solidaire, c’est également un lieu de vie, une parenthèse pour rompre l’isolement et créer du lien. À Reignier, les bénéficiaires ont souhaité, dès la phase de conception du projet, que l’épicerie soit un endroit où l’on ne fasse pas que recevoir, mais où chacun puisse contribuer en fonction de ses possibilités. Organisation d’un cours de cuisine ou animation d’un atelier couture, leur participation est diverse et leur permet de reprendre confiance en eux. Le Secours Catholique envisage également un partenariat avec la filière diététique du lycée Jeanne Antide, pour proposer des ateliers sur la nutrition.
L’épicerie est pour le moment en phase d’expérimentation et les premiers retours des usagers sont attendus avec impatience pour procéder aux ajustements nécessaires à la pérennité du projet.


S’inspirer de l’existant
L’ouverture de l’épicerie de Reignier a nécessité un travail de documentation et la visite de plusieurs épiceries sociales et solidaires dans le département, dont Espace 2 liberté à Saint-Jeoire-en-Faucigny. Ouverte en 2012, elle accueille actuellement 7 usagers. Un mardi sur deux, ils viennent récupérer leurs paniers, préparés sur commande, et participer à une activité conviviale. Qu’il s’agisse d’aller ramasser des noix ou d’apprendre à faire des housses de coussins, ces temps d’échange et de partage sont essentiels à la vie du groupe. « On y fait de belles rencontres. Je m’y suis fait de vrais amis, tant parmi les bénéficiaires que les bénévoles » témoigne Colette, ancienne bénéficiaire de l’épicerie. Certains choisissent même de s’investir comme bénévoles après avoir eu accès à cette aide ; un cercle vertueux qui leur permet de mettre leur expérience au profit des nouveaux venus.