Retour à la bibliothèque
Haute-Savoie mag - N°170 - Juillet/août 2018
Dossier

Entretien avec Denis Juget et Jean-David Baisamy

Denis Juget et Jean-David Baisamy

Denis Juget et Jean-David Baisamy

© Dep74 - L. Guette

En juillet 2017 et mars 2018, le Conseil Savoie Mont Blanc et ses partenaires ont officialisé les contrats de filières arboricole et maraîchère. Décryptage de ces engagements avec Denis Juget, président du Groupement technique des Producteurs de légumes et Jean-David Baisamy, vice-président du syndicat des Fruits de Savoie.

Que représentent les filières arboricoles et maraîchères dans l’économie des pays de Savoie ?

Jean-David Baisamy : L’arboriculture est une toute petite filière comparée à celle de l’élevage, l’une des plus importantes du territoire. Elle représente environ 20 M€ de chiffre d’affaires. Parmi les 70 exploitations qui existent, il y en a six grandes, une vingtaine de petites et le reste se situe entre les deux. Il y en a qui sont pluriactives (elle font de l’élevage et des fruits) et d’autres qui vont jusqu’à 40 ha. La majorité se situe entre 10 et 15 ha. Comparé au reste de la France, ce sont plutôt de petites structures.

Denis Juget : La production légumière ne représente pas une grande surface mais son chiffre d’affaires est proche de 15 M€. Elle est en croissance car il y a de plus en plus de monde à nourrir et le besoin en produits locaux se fait de plus en plus sentir. Par contre, il y a de moins en moins de foncier disponible, ce qui oblige à intensifier notre production en cultivant nos légumes dans des serres.


Concrètement, qu’apportent ces contrats de filière aux exploitants ?

J.-D. B. : La filière arboricole est une petite filière, qui n’émarge quasiment pas à la PAC et qui bénéficie de très peu de subventions (2 %, pour un chiffre d’affaires d’environ 18 % en Europe). En pays de Savoie, même si on développe des produits de qualité, cela demande plus de temps que dans d’autres régions françaises. Du coup, le prix de vente permet juste de rétribuer correctement l’arboriculteur. Ces contrats nous aident à acheter du matériel pour travailler sous les arbres et donc d’éviter l’utilisation de désherbants. Au sein du Verger expérimental de Poisy, nous essayons de développer de nouvelles variétés…

D. J. : Dans notre département, il y a de très grosses exploitations mais aussi de très petites. Certaines travaillent de manière traditionnelle, d’autres on choisi le bio. Toutes ont besoin de faire de la veille technique. Le contrat de filière - et la Chambre d’agriculture - nous aident à la financer. Il nous permet aussi de réaliser des investissements pour améliorer la culture sous abri, pour augmenter nos rendements, mais aussi pour sécuriser notre production face aux aléas climatiques.


En quoi le soutien du Conseil Savoie Mont Blanc est-il important ?

J.-D. B. : Nous sommes très dépendants de la météo, de la conjoncture économique et des productions nationale et européenne. D’une année à l’autre, il peut y avoir de grosses amplitudes de production. Le soutien du Conseil Savoie Mont Blanc nous permet de continuer à investir même si nos revenus varient, et de pérenniser nos exploitations. Ce que l’on ne pourrait sans doute pas faire avec nos seuls moyens. Je ne crois pas qu’il y ait d’autres Départements en France qui soient aussi proches de leurs arboriculteurs.

D. J. : Nous pouvons porter des projets plus rapidement. C’est une aide qui compte, surtout pour les petites exploitations, qui permet aussi de réfléchir à des projets collectifs. C’est le cas pour la production de pommes de terre, avec le centre d’élevage de Poisy. Aujourd’hui, les maraîchers ont la connaissance pour la cultiver mais ils n’ont pas le foncier. Nous pourrions ainsi travailler avec des agriculteurs. Cela me paraît très important de fédérer les moyens et les hommes, d’autant plus que notre filière compte beaucoup de petites structures.